Dans la circonscription d’Avallon, Pierre-Etienne Flandin est largement réélu dès le premier tour avec 62 % des voix. Dans celle de Tonnerre, François Charles Perreau, dit Perreau-Pradier, lui aussi fortement implanté, l’emporte dès le premier tour, mais avec seulement 50,2% des voix. La droite apparaît invincible dans le Tonnerrois et l’Avallonnais, tant elle est profondément enracinée dans les réseaux des familles Flandin et Perreau Pradier, dont l’alliance constitue l’axe central de la vie politique locale dans les années 1920 et 1930. A Auxerre, Jean-Michel Renaitour est élu avec 54% des voix au premier tour. Combattu par la SFIO et le PCF, il est devenu républicain-socialiste et siège au groupe des Indépendants de gauche. Maire d’Auxerre depuis 1929, il a bénéficié des voix de partisans du Front populaire dont il a cependant battu le candidat officiel. A Joigny, Maxences Roldes, candidat du Front populaire est élu au second tour avec 55% des voix. Fortement engagé dans les organismes de coopération agricole, il prend une part active à l’élaboration de la loi créant en 1936 l’Office du blé. A Sens, Paul Campargue, candidat du Front populaire est élu au second tour avec 53% des voix.
Le 10 juillet 1940, Pierre-Etienne Flandin prend la parole à Vichy. Il plaide pour le ralliement au projet de son collègue Laval, avec lequel il a gouverné plusieurs fois dans les années 1930. Cet appui est décisif car Flandin apporte avec lui le ralliement de la droite classique, modérée, conservatrice et libérale. Flandin vote les pleins pouvoirs, affirmant que c’est une nécessité pour la France « si nous ne voulons pas perdre l’âme de la France, si nous voulons que la France se maintienne partout vivante et unie ». Perreau-Pradier fait de même. Paul Campargue s’abstient volontairement. Jean-Michel Renaitour ne prend pas part au vote. Maxence Roldes vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, ainsi que la moitié de ses amis socialistes.
C’est ainsi que le 10 juillet 1940, sur les huit parlementaires de l’Yonne, trois ne prennent pas part au vote, un s’abstient, et quatre votent les pleins pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain, prenant ainsi leur part dans la mise à mort de la République.
Sources : Duaut Laétitia, La gauche dans l’Yonne de 1914 à 1940, mémoire de maîtrise sous la direction de Mme Ruget, Université de Bourgogne, Dijon, 1997, 131 pages. Xavier Filipe, La droite dans l’Yonne, mémoire de maîtrise sous la direction de Mme Ruget, Université de Bourgogne, Dijon, 1997, 115 pages. Rubagotti Barbara, Le personnel parlementaire de l’Yonne sous la Troisième République (1870-1940), mémoire de maîtrise sous la direction de Mme Ruget, Université de Bourgogne, Dijon, 1996, 142 pages. Joly Jean (dir.), Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), 8 tomes, Paris, PUF, 1960-1977. Wieviorka Olivier, Enquête sur le 10 juillet 1940. La prise du pouvoir par Pétain, L’Histoire, n° 244, juin 2000, pp. 64-71.
Joël Drogland.